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R. Murray Schafer
 Biographie

R. Murray Schafer s’est acquis une renommée mondiale comme compositeur, pédagogue, environnementaliste, universitaire et artiste visuel. Né à Sarnia (Ontario) en 1933, il a grandi à Toronto.

Il s’inscrivit au RCMT et à l’Université de Toronto en 1952 où il étudia avec Alberto Guerrero (piano), Greta Kraus (clavecin), John Weinzweig (composition) et Arnold Walter (musicologie). Compte tenu des tendances qui se développèrent chez lui par la suite, on peut affirmer toutefois que ses rapports occasionnels avec Marshall McLuhan à l’université constituèrent probablement l’influence la plus marquante et la plus durable sur son évolution intellectuelle. En 1956, Schafer quitta le Canada avec l’intention d’étudier la musique à l’Académie de Vienne. Après avoir séjourné près de deux ans à Vienne, il se rendit en Angleterre où il travailla pendant quelque temps et de façon informelle avec le compositeur Peter Racine Fricker. Durant son séjour prolongé en Angleterre, Schafer gagna sa vie surtout comme journaliste (ses principaux travaux dans ce domaine sont à l’origine de son ouvrage British Composers in Interview) et en préparant une édition pratique de l’opéra peu connu du poète Ezra Pound, Le Testament (1920-21), radiodiffusé par la BBC en 1961.

À son retour à Toronto en 1961, Schafer organisa et dirigea pendant un certain temps les Ten Centuries Concerts. Il commença une carrière dans l’enseignement, d’abord comme artiste résident de l’Université Memorial (1963-65), puis comme chargé de cours et, plus tard, professeur titulaire, à l’Université Simon Fraser (1965-75). Ce fut à ce dernier établissement qu’il put mettre sur pied, grâce à des subventions de l’Unesco et de la Donner Canadian Foundation, le World Soundscape Project consacré à l’étude des rapports de l’être humain avec son environnement acoustique. En 1975, Schafer alla s’établir sur une ferme à proximité du village de Maynooth, Ontario, mais il demeura associé au projet. Schafer quitta la région de Maynooth en 1984 pour s’établir temporairement à Saint-Gall, en Suisse, ainsi qu’à Toronto, avant d’acheter une maison de ferme à Peterborough (Ontario). Les œuvres de jeunesse de Schafer – notamment le Concerto pour clavecin et huit instruments à vent et la Sonatine pour flûte et clavecin (ou piano) – sont modelées sur le néoclassicisme de Stravinski et des « Six », et dénotent en particulier l’influence de son professeur John Weinzweig. Les Minnelieder, bien qu’écrites dans le goût néoclassique, dégagent une atmosphère que le compositeur s’accorde à qualifier de mahlérienne. Il est significatif que Schafer ait désigné cette œuvre expressive comme sa première réalisation importante.

Au début des années 1960, il commença à avoir recours au sérialisme, en particulier, ainsi qu’aux langues, littératures et philosophies de cultures anciennes et récentes, afin d’explorer la mythologie et le symbolisme de la vie moderne. Le résultat fut une série d’essais multimédias d’un effet saisissant sur des thèmes touchant l’aliénation et la psychonévrose de la vie urbaine au XXe siècle.

Protest and Incarceration, Canzoni for Prisoners, Loving (Toi), et l’œuvre de chambre pour mezzo-soprano Requiems for the Party Girl (qui remporta le prix de la Fromm Foundation en 1968) reflètent une conscience sociale inquiète et polyvalente qui, en fait, inspire et façonne toutes les activités de Schafer.

Un aspect important de la carrière de Schafer est sa participation intense à l’enseignement de la musique. Ses opuscules très originaux et pleins d’invention - The Composer in the Classroom, L’Oreille pense / Ear Cleaning, The New Soundscape, When Words Sing et Rhinoceros in the Classroom - illustrent les expériences du compositeur avec ses étudiants et se rangent parmi les premières tentatives d’introduire dans les écoles canadiennes les concepts d’audition créatrice et de conscience sensorielle préconisés par Cage. Statement in Blue, Threnody et Epitaph for Moonlight initient les jeunes musiciens à un éventail inhabituel de sons tout en les faisant participer au processus de création grâce à un usage sommaire des techniques aléatoires.

Vers la fin des années 1960 et 1970, la musique de Schafer fait reculer davantage les limites des styles et des langues et révèle une tendance vers le mysticisme, de même qu’une sorte de quiétisme oriental. Les matériaux qu’il utilise sont d’une diversité aussi riche qu’ils sont peu orthodoxes, et beaucoup révèlent le goût du compositeur pour la pensée et la religion de l’Orient. Ils vont des poèmes d’amour persans du XIIIe siècle dans Divan i Shams i Tabriz (première partie de Lustro), résultat d’un voyage en Iran et en Turquie en 1969 subventionné par le Conseil des Arts du Canada, à des fragments d’une symphonie de Bruckner dans Music for the Morning of the World (deuxième partie de Lustro), des vers de Rabindranâth Tagore dans Beyond the Great Gate of Light (troisième partie de Lustro), aux bruits de la mer, à la poésie d’Hésiode, d’Homère, de Melville et de Pound dans Okeanos et aux textes bouddhistes dans From the Tibetan Book of the Dead. Il est à souligner que la première exécution complète de Lustro fut donnée à la SRC en 1973; la seconde fut une manifestation spéciale lors de l’assemblée générale du Conseil international de la musique, laquelle précédait la Semaine mondiale de la musique tenue au Canada en 1975.

En sa qualité de « père de l’écologie acoustique », Schafer s’est penché sur les effets préjudiciables des sons technologiques sur les humains, surtout sur ceux qui vivent dans les « égouts sonores » que sont les milieux urbains. Ses opuscules intitulés The Book of Noise et The Voices of Tyranny sont des plaidoyers passionnés réclamant une législation contre le bruit et une amélioration de l’environnement sonore dans les villes par l’élimination ou la réduction des sons potentiellement destructifs. Des divers écrits de Schafer qui ont résulté de son travail auprès du World Soundscape Project, le plus important est The Tuning of the World (1977), dans lequel il résume ses recherches, sa philosophie et ses théories sur l’environnement sonore. Ce concept d’environnement sonore, au centre de la pensée globale de Schafer, a également influencé son œuvre comme compositeur. Par exemple, la structure rythmique à l’arrière-plan du Quatuor à cordes no 2 (« Waves ») est basée sur les intervalles auxquels les vagues de l’océan se forment et la notation graphique au début de No Longer Than Ten (10) Minutes a été influencée par des graphiques élaborés à partir des bruits de la circulation à Vancouver.

Le choix de Schafer d’aller vivre dans une maison de ferme de l’Ontario, dû en partie au désir de trouver un environnement sonore « haute-fidélité », a également inspiré une série d’« œuvres en environnement naturel ». La première du genre, Music for Wilderness Lake, a été écrite pour 12 trombones. La première, en 1979, par l’ensemble de trombones Sonaré, a été enregistrée par la SRC à un lac près de la maison de Schafer, et a fait l’objet d’un film par Rhombus Media. L’intérêt de Schafer pour l’environnement sonore se reflète aussi en partie par le nombre d’œuvres qui utilisent la répartition spatiale des exécutants, l’une des plus ambitieuses étant Apocalypsis, un spectacle à grand déploiement faisant appel à environ 500 personnes.

Alors que dans les années 1970, Schafer s’était concentré sur l’environnement sonore, au cours de la décennie suivante, il se pencha surtout sur Patria, un cycle de 12 œuvres musico-dramatiques, entrepris en 1966. Schafer a recours, pour ses œuvres dramatiques, à un mariage unique de musique et de théâtre qu’il nomme « théâtre de confluence » (un genre de néogesamtkunstwerk qui reflète son désir d’explorer les relations entre les arts). Schafer s’est aussi inspiré du sacré comme moyen de revitaliser le théâtre contemporain, et un certain nombre de ses pièces transforment les spectateurs, traditionnellement passifs, en participants. Patria 6 : RA est un rituel qui s’étend du coucher au lever du soleil et qui recrée la descente aux enfers et la résurrection du dieu solaire égyptien. Lors de la première à l’Ontario Science Centre de Toronto, les membres de l’auditoire ont été menés sur 29 sites de représentation différents durant un rituel de 11 heures. D’autres œuvres de Schafer présentent aussi des aspects ritualistes ou théâtraux : Ko wo kiku (« Listen to the incense »), une commission de l’OS de Kyoto, incorpore la cérémonie japonaise de l’encens dans son premier mouvement, alors que les musiciens font passer des vases d’encens parmi eux. In Search of Zoroaster, pour un chœur de 150 voix, est une cérémonie réinventée pour une ancienne religion perse. L’engagement de Schafer auprès des communautés de Maynooth et de Peterborough montre de façon remarquable comment les artistes contemporains peuvent intégrer leur travail aux sociétés dans lesquelles ils vivent. À Maynooth, Schafer a fondé le Maynooth Community Choir, avec qui il a écrit et produit la pièce de théâtre musical Jonah. Il a choisi sa deuxième demeure rurale près de Peterborough afin d’y travailler à des projets artistiques de concert avec la population. La présentation de Patria 3 : The Greatest Show à Peterborough en 1987 et 1988 comportait la participation de nombreux talents amateurs locaux. Durant ses deux années comme directeur artistique du Festival of the Arts de Peterborough, Schafer contribua à faire d’un petit événement local à la programmation traditionnelle un festival des arts ambitieux et diversifié qui s’est attiré à la fois un fort soutien local et une reconnaissance nationale. Schafer encourage les artistes où qu’ils soient à puiser, pour leurs créations, dans les richesses de la culture et du coin du pays qui les entoure. La splendeur de la nature canadienne constitue le décor du prologue de Patria intitulé The Princess of the Stars, qui sera interprété en août 2007 dans la réserve forestière et faunique d’Haliburton, dans le centre de l’Ontario. The Enchanted Forest et The Palace of the Cinnabar Phoenix sont deux autres œuvres d’extérieur présentées en 2005 et 2006 dans cette réserve.

En plus de travailler comme compositeur, dramaturge, pédagogue, journaliste musical et pionnier dans le nouveau domaine de l’environnement sonore, il a effectué des travaux importants à titre de chercheur en musicologie et en littérature, d’écrivain imaginatif et de créateur en arts visuels. Son E.T.A. Hoffmann and Music est le premier livre sur le sujet et son Ezra Pound and Music est une œuvre capitale en littérature et en musique. Actuellement, Schafer est mieux connu pour ses textes sur l’enseignement de la musique et l’environnement sonore. En plus de ses écrits en prose, il est l’auteur d’un certain nombre de créations de fiction comprenant les nouvelles Dicamus et Labyrinthos et Ariadne, qui mettent en valeur ses talents de calligraphe et de visualiste. On peut aussi constater l’aptitude de Schafer pour les arts visuels dans les nombreuses partitions qui contiennent des illustrations ou des notations graphiques et dont quelques-unes ont été exposées dans des galeries.

Même si Schafer préfère composer des œuvres comportant un texte, il continue de recevoir des commandes pour des compositions instrumentales. Son intérêt tout particulier pour la voix féminine solo lui a inspiré de nombreuses œuvres importantes. Il a écrit spécialement pour sa partenaire Eleanor James, une mezzo-soprano au timbre riche, des pièces de musique de chambre exigeantes (Tanzlied – pour voix et harpe; Tantrika, pour voix et deux percussions) ainsi que des œuvres pour voix et orchestre – Letters from Mignon et Thunder/Perfect Mind (une commande de 2004 de la CBC pour Mme James). Ces œuvres ainsi que la version orchestrée des Minnelieder ont été saluées par la critique à leur sortie toute récente en mai 2007 sous étiquette ATMA Classique. La pièce Letters from Mignon fera partie du programme d’ouverture des concerts marquant les 75 ans de Schafer, le 26 mars 2008 au Centre national des Arts. Mme James a pour sa part incarné des rôles clés dans la plupart des œuvres théâtrales de Patria. C’est elle, par exemple, qui a joué le rôle de Shen Du dans la première mondiale de The Palace of the Cinnabar Phoenix.

Durant les années 1980, Schafer a écrit des concertos pour la flûte, la harpe et la guitare, cinq quatuors à cordes et divers autres œuvres de musique de chambre ou pour grand orchestre. La diversité de sa production fait mentir les généralisations de style, mais une bonne partie de son œuvre pourrait être décrite comme une synthèse des techniques d’avant-garde du XXe siècle, dans l’esprit du romantisme du XIXe siècle. En 1977, il a reçu la distinction de Compositeur de l’année du Conseil CM ainsi que le Prix Jules-Léger pour la nouvelle musique de chambre, ces deux prix étant alors décernés pour la première fois. Son Quatuor à cordes no 1 lui valut en 1980 le Prix musical international Arthur-Honegger. En 1985, il se vit décerner le National Award in the Arts de l’ÉBA Banff (CA Banff), et en 1987, il devint le premier récipiendaire du Prix Glenn-Gould triennal de 50 000 $. Schafer a reçu des doctorats honorifiques d’universités situées au Canada, en France et en Argentine. Yehudi Menuhin fit un éloge du compositeur qui allait bien au-delà de son œuvre musicale, déclarant qu’il était doté « d’une imagination et d’une intelligence fortes et hautement originales, orientées vers le bien, d’une puissance dynamique, dont les multiples expressions personnelles et les aspirations étaient en total accord avec les besoins urgents et les rêves de l’humanité d’aujourd’hui ».

Juin 2007

www.patria.org

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