Alain Payette |
Né à Montréal en 1953, Alain Payette est actif dans le domaine culturel au Québec (Canada) depuis plus de 30 ans, certaines de ses œuvres ont franchi les frontières. C’est un compositeur qui a su, au fil de ces années, développer un vocabulaire musical teinté de ses propres besoins d’expressions dans une atmosphère de liberté, à l’écart de toute école. Son instinct le guide constamment lors du processus de composition et il croit que l’émotion doit faire partie intégrante d’une oeuvre. En ce sens, l’aspect mélodique est très présent dans sa musique; c’est un des moyens qu’il privilégie pour rejoindre son auditoire. Il en résulte une musique franche, accessible et touchante, autant de facettes qui sont propres à l’homme qu’est Alain Payette, un compositeur qui consacre depuis toujours sa vie entière à son art.
Compositeur très productif, son catalogue comprend au-delà de soixante œuvres pour piano, ensembles de chambre, orchestre, voix et chorale, toutes de facture tonale. À de nombreuses occasions, sa musique de chambre a été présentée en concert et à la radio. Ses œuvres symphoniques ont été interprétées par plusieurs orchestres. Toujours accueillie très chaleureusement par le public, sa musique est qualifiée de poésie musicale des plus envoûtantes, on en louange le lyrisme et la beauté. De plus en plus les sociétés de concert et les interprètes s’intéressent à ses oeuvres et les insèrent à leurs programmes. Depuis quelques temps, il est approché par des musiciens qui lui font des commandes afin d’élargir leur répertoire. Ce phénomène est nouveau car la grande majorité de ses oeuvres a été composée de sa propre initiative.
Le premier enregistrement d’une oeuvre d’Alain Payette avec Koch International Classics a été L’ivresse d’aimer. Sur des poèmes de Gustave Labbé, Payette a composé cinq mélodies pour baryton. L’oeuvre a été créée par les renommés Gino Quilico et Alain Lefèvre. Un critique américain a écrit : «... check out Alain Payette – for whom this album is enthusiastically recommended.» (Adrian Corleonis, Fanfare, janvier/février 1998). L’ivresse d’aimer a su toucher le coeur de nombreux mélomanes.
Ses 12 préludes pour piano (Confidences poétiques) ont été créés le 1 et 2 juin 1997 à Thessalonique en Grèce (Capitale culturelle de l’Europe 1997) par le pianiste Alain Lefèvre. L’oeuvre a été reçue par une ovation debout. Voici ce qu’a écrit la critique : « L’auditoire, exigeant et sélect, s’est laissé gagner par le caractère chaleureux et vivant de l’interprétation du jeune artiste manifestant un enthousiasme particulier pour l’oeuvre de Payette » (M. Katsounakis, Kathimerini, juin 1997). En septembre 1997, Alain Lefèvre a enregistré les 12 préludes. Claude Gingras a qualifié de “réussite absolue” cet enregistrement (La Presse, 22 août 1998). Les préludes sont joués fréquemment par de nombreux pianistes.
Lors de la création de Douces mémoires (oeuvre pour choeur), l’enthousiasme était palpable. Dirigée par Jean-Pierre Guindon avec le compositeur au piano, cette oeuvre a été interprétée en création européenne aux Choralies internationales de Vaison-la-Romaine (France) en août 1998. L’orchestration de cette cantate, réalisée par le compositeur en 2004, lui donne une nouvelle dimension.
En 2000, Alain Payette rencontre la pianiste Anne-Marie Dubois. Il participe au vidéo de Mme Dubois intitulé: Romantisme au piano, cette dernière y interprète quelques œuvres du compositeur. L’Orchestre symphonique de Drummondville a créé, en avril 2003, le Concerto pour piano et orchestre de Payette avec Anne-Marie Dubois au piano. Le public enthousiaste s’est levé spontanément pour applaudir cette première interprétation. Ce concert se voulait un hommage au compositeur. L’Orchestre symphonique de Longueuil, intéressé par cette œuvre, a programmé ce concerto pour la saison 2004-2005.
Musica Camerata Montréal, l’un des plus prestigieux ensembles de musique de chambre au Canada, a joué en avril 2006 le Trio no 3 pour violon, violoncelle et piano. On avait pu entendre en 1995, la Sonate pour alto et piano par ce même ensemble.
Dans sa démarche créatrice, Alain Payette recherche l’originalité mais sans jamais perdre de vue l’accessibilité. Avant tout la musique est pour lui un moyen de communiquer des émotions. En ce sens, l’aspect mélodique est très présent, c’est un des moyens qu’il privilégie pour rejoindre l’auditoire. Il est à la recherche de mélodies originales où le potentiel d’y développer le lyrisme est grand. Pour capter spontanément l’intérêt, il souhaite établir dès le départ un thème évident, par la suite, il l’élabore et le développe. Il en résulte une musique franche, directe, sans détour. Le thème est omniprésent amenant l’auditeur à maintenir un fil conducteur tout au long des œuvres. La structure que prendra ses œuvres lui importe aussi, d’ailleurs les commentaires positifs sur le fait qu’elles sont bien construites sont fréquents. Chacune d’elles a cependant sa propre forme, il n’y a pas dans sa démarche de cadres pré-établis. Au fond, il se laisse guider par son instinct, toujours à la recherche de la beauté qu’il souhaite entendre. Il exploite le côté virtuose des musiciens mais dans un contexte de musique tonale et lyrique qui respecte leur formation traditionnelle.
À cause de ses élans mélodiques et de l'aspect parfois nostalgique de sa musique, il se considère comme un compositeur romantique. Il est bien conscient et imprégné par le siècle dans lequel nous vivons mais il tient fortement à préserver la dimension humaine malgré tout ce tourbillon. Sa musique est colorée par des harmonies impressionnistes évoluant vers des accords inusités mais sans altérer la recherche de la beauté sonore. Le jazz fait également parti de ce qu’il aime explorer, par ses accords et ses rythmes qui se glissent dans ses compositions. Arriver à communiquer des impressions est une constante dans son travail. Les possibilités sont infinies, l’exploration est sans limite car la perception des impressions est en perpétuel changement tout au long de chacune de nos vies. Finalement, le développement de contre-chants fait l’objet de beaucoup de recherche de sa part. Ils sont très présents dans sa musique, ce qui lui apporte un caractère particulier et qui amène souvent un grand défi aux interprètes qui doivent faire ressortir le thème principal et le thème secondaire simultanément.
Pour lui, l’écriture musicale est avant tout un moyen de se réaliser. Un moyen qui permet de faire le plus extraordinaire voyage qu’il est donné à l’être humain de vivre : aller au plus profond de lui-même. Pour la plupart des créateurs, la conception et la réalisation d’une œuvre prennent racine et s’effectuent dans la solitude. Mais dans un deuxième temps, cette démarche doit nécessairement déboucher vers l’autre. En ce sens qu’elle doit servir d’outil à tous pour canaliser leurs émotions. Ces deux étapes sont primordiales à l’équilibre de la démarche du compositeur. Ceci dit, sa principale source d’inspiration est l’être humain. Il se plait à observer les comportements de ce dernier, ses contradictions, ses pulsions, bref toute sa complexité le fascine et l’inspire au plus haut point. Au fond, avec sa musique, il tente d’éveiller encore plus la conscience qu’il a de son existence en espérant pouvoir éveiller également celle des autres.
Alain Payette est un compositeur difficilement classable. Il a un côté romantique, mais aussi un côté contemporain, certains traits sont impressionnistes, il est influencé par le jazz et ses racines populaires sont également présentes. Il combine différents aspects mais il ne s’inscrit nullement dans un courant de musique avant-gardiste et expérimental. Au côté technique et intellectuel, Alain Payette préfère l’accessibilité. Ses compositions sont le reflet de son besoin spontané de communiquer au public, d’abord et avant tout des émotions. Sa musique nous amène dans la mélancolie, la passion cheminant même à travers la légèreté reflétant toutes les facettes de la personnalité de ce compositeur. Sa musique acquiert ainsi un côté touchant et accessible nécessaire pour rejoindre un très large public. Il compose une musique d’une belle consistance qui pourrait inciter le public d’ici et d’ailleurs à fréquenter plus encore les salles de concerts. Il souhaiterait avec sa musique arriver à créer un pont entre les spectateurs et la musique classique afin de donner une juste place à la musique instrumentale dans la culture populaire.
Septembre 2006.